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Arcelor : écoutons les territoires

Par Gérard Longuet, sénateur de la Meuse
La Tribune, 15 mars 2006

L’OPA de Mittal Steel sur Arcelor sera tranchée par les actionnaires. Ils exprimeront librement leur choix. Aucun pouvoir politique ne peut les contraindre et il est sain qu’il en soit ainsi. Il en est de même d’ailleurs du projet de fusion GDF-Suez. L’État peut s’engager pour GDF, dont il détient 80 %, les actionnaires privés décideront pour Suez. Pour autant, les responsables politiques ne sont pas condamnés au silence. Leur rôle est de contribuer à la loyauté du débat. Ils doivent poser les questions au nom de ceux qui n’ont pas les moyens matériels de les poser, au nom des salariés et au nom des populations directement concernées par les activités sidérurgiques.

Trois thèmes prioritaires retiennent les Lorrains, parce qu’au-delà des politiques naturelles de compétitivité, qui concernent tous les salariés de par le monde des deux groupes, la grande région Sarre-Lor-Lux (Sarre-Allemagne/Wallonie-Belgique/Luxembourg/Lorraine-France) demande le maintien du siège du groupe au Luxembourg d’abord, le maintien et le renforcement du centre de recherche en Moselle ensuite, l’examen imaginatif et généreux de la filière chaude continentale, et notamment dans la Fensch.

Trois actions politiques possibles. Pour autant, ces trois thèmes immédiats n’épuisent pas le besoin d’une réflexion politique plus globale sur le rôle des politiques en économie de marché. Mon expérience ministérielle mais aussi et surtout lorraine, transfrontalière et européenne me conduit à retenir trois actions politiques de moyen à long terme qui permettraient aux responsables politiques de tenir leur place sans prétendre diriger l’économie.

D’abord donner aux territoires dont ils ont la charge les mêmes chances que leurs compétiteurs. C’est une responsabilité de la politique nationale pour l’essentiel et de l’action régionale pour l’accessoire. La priorité absolue est de développer une épargne nationale orientée vers le long terme. C’est une évidence lorsqu’on sait que 55 % du CAC 40 sont détenus par des fonds de pension presque exclusivement anglo-saxons.

Sans épargne française, c’est toute la filière financière française qui s’efface ou s’aligne sur la force du système anglo-saxon. Mais, soyons réalistes, un capital français serait aussi exigeant qu’un capital mondial. On peut simplement imaginer que, plus proche des entreprises, il partagerait mieux les projets de long terme des entreprises dont les directions sont en France mais dont les règles de gestion sont nécessairement mondiales. Des capitaux français constituent un plus, mais sûrement pas la base d’une exception.

Ensuite, il doit y avoir une intelligence et un pouvoir économique territorial. À condition de fixer les règles et d’avoir conscience de nos limites. Sur l’intelligence économique, il appartient aux régions, pour les grands employeurs en situation de concurrence implantés sur leur territoire, de disposer en permanence d’une grille d’analyse prospective fondée sur la place de l’établissement local dans le groupe auquel il appartient. De cette analyse découle des recherches de stratégies qui doivent être confiées à des partenaires extérieurs, financiers ou entrepreneurs. Ne faire manquer aucune chance à un actif existant, mais ne jamais gérer à la place du professionnel, voilà quel doit être le principe de cette intelligence économique territoriale.

Enfin, le pouvoir économique territorial peut parfois passer par la propriété partielle du capital de l’entreprise. L’Allemagne libérale le permet à ses Länder. Il ne serait pas anormal, en contrepartie du maintien du siège, de la recherche et d’une part significative de l’emploi, que nous investissions dans une entreprise mondiale qui pourrait rester de culture lotharingienne.

Capacité à fédérer l’épargne. Certes, le ticket est très élevé : pour Arcelor, par exemple, 1 % représente 250 millions d’euros au moins, soit, par exemple, trois fois le budget "actions économiques" du conseil régional de Lorraine pour 2006. Mais, année après année, en fédérant les investisseurs lorrains, le conseil régional de Lorraine aurait pu, comme les Länder allemands, être un partenaire significatif d’un projet mondial dans le cadre d’un pacte d’actionnaires ouvert aux actionnaires des territoires irrigués par Arcelor. En dix ans, c’est possible et cela passe vite.

Je reconnais, comme ancien président de la région, ne pas l’avoir fait quand Arcelor s’achetait au prix de la casse. Je conçois le risque des demandes reconventionnelles de bien d’autres filières qui souhaiteraient, elles aussi, bénéficier de capitaux stables. Je mesure toutes les contradictions de l’actionnariat public, même local.

Mais si l’on veut que les territoires soient entendus, il faut que, directement et surtout indirectement, ils soient capables de fédérer de l’épargne investie à long terme dans les grands acteurs locaux lorsque la dispersion du capital fragilise à court terme une entreprise viable à long terme.

Ce n’est pas l’État qui peut aider les régions. Ce sont les régions qui doivent intéresser les investisseurs nationaux et internationaux en les mobilisant par la qualité de l’analyse locale et, le cas échéant, des compléments d’épargne issus du terrain régional.

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