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Accueil - Archives - Questions d’actualité - Session 2005 - 2006 - Jeudi 15 décembre 2005
Question d’actualité de Joël Bourdin, sénateur de l’Eure

Joël Bourdin - Zone d’éducation prioritaire (ZEP)

Joël Bourdin :

Ma question s’adresse au ministre de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche.

Les événements dramatiques qui se sont produits dans nos banlieues, voilà quelques semaines, illustrent à l’évidence un déchirement de notre tissu social. S’il a des causes multiples, il soulève également la question de l’efficacité du système éducatif.

Il y a quelques années, en 1981, pour réparer les inégalités qui pouvaient être décelées ici et là, des zones d’éducation prioritaires ont été crées. Depuis, ces zones se sont étendues, multipliées, et désormais il en existe un très grand nombre.

Mais l’évolution de leur nombre et de leur répartition est assez étonnante, car elles ne sont pas toujours là où on pouvait l’imaginer. Et puis l’évaluation de leur efficacité ne semble pas avoir été toujours effectuée. Or on s’est aperçu que, dans nos grandes banlieues, des enfants, des adolescents allaient peu au collège, ou carrément n’y allaient pas du tout, et, lorsque l’on se penche sur leur sort, on constate qu’ils parlent mal, écrivent mal, ne maîtrisent pas ce qu’on est censé savoir quand on entre au collège.

Il faut s’interroger sur l’efficacité des zones d’éducation prioritaires.

L’école de la République doit ménager l’égalité des chances à tous les enfants et pratiquer la discrimination positive, en mettant plus de moyens ici, un peu moins là, car, s’il en faut plus ici, c’est que la matière est plus difficile et que les conditions sociales et économiques sont beaucoup plus dures.

Monsieur le ministre, des moyens ont été mis dans les ZEP, des moyens en personnels d’éducation, en personnels d’encadrement, mais est-ce que les méthodes pédagogiques ont été modifiées ?

Est-ce que les modes d’affectation des enseignants dans ces collèges ont été revus ?

Je me souviens que nous avons eu plusieurs débats dans cette assemblée et que nous disions, à peu près majoritairement, peut-être même à l’unanimité, que les professeurs des collèges, des écoles en zone prioritaire devaient être chevronnés, devaient avoir des barèmes de promotion revus, etc.

Tout cela ne semble pas avoir été fait.

Monsieur le ministre, pour remédier à cela, vous avez annoncé cette semaine la création des collèges « ambition réussite ». Pouvez-vous nous donner quelques éléments supplémentaires sur ce projet ?

Gilles de Robien, ministre de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche :

Monsieur Bourdin, où en serions-nous sans l’éducation prioritaire !

Pour autant, chacun le sait, la situation d’aujourd’hui ne peut pas durer, probablement parce que l’éducation prioritaire a été peu ou mal pilotée et que les moyens, malgré le grand dévouement des enseignants et des équipes pédagogiques, se sont dilués, ce qui fait que les résultats ne sont pas à la hauteur des espérances.

Pour ma part, je veux redonner aux jeunes de ces quartiers et de l’ambition et les mêmes chances de réussite qu’aux autres. Ils y ont droit !

A cet effet, dans les toutes prochaines semaines, je compte labelliser deux cents à deux cent cinquante collèges, où les difficultés sociales sont particulièrement aiguës et les échecs scolaires, particulièrement nombreux.

Permettez-moi de répondre très simplement à deux interrogations qui sont répétées depuis des mois.

Tout d’abord, comment renforcer les équipes éducatives ?

Souvent jeunes, tout juste sortis des IUFM, possédant peu d’expérience, mais beaucoup de générosité, ces enseignants ont besoin d’être épaulés ; ils nous le disent.

J’entends affecter dans les ZEP mille enseignants expérimentés qui, grâce à des évolutions de carrière plus rapides, seront vraiment tentés de revenir en éducation prioritaire.

Seconde interrogation : comment aider les jeunes des milieux sociaux défavorisés à apprendre leurs leçons ou à faire leurs devoirs le soir, alors qu’ils ne disposent parfois même pas d’un coin de table et ne peuvent guère compter sur leurs parents, qui, malgré toute leur bonne volonté, ne savent généralement pas leur faire réciter leurs leçons, ne peuvent pas les guider dans leur travail ?

Grâce à 3 000 assistants pédagogiques, il sera désormais possible de rendre obligatoires des études surveillées et accompagnées qui permettront ces répétitions indispensables.

Enfin, lors de la conférence des présidents d’université, ce matin, j’ai demandé, avec François Goulard, que 100 000 étudiants viennent assurer un tutorat auprès de 100 000 jeunes dans ces quartiers, afin de leur donner de l’ambition ou même simplement l’idée qu’ils ont droit à la réussite, comme les autres, et donc à l’accès à l’enseignement supérieur.

Monsieur le sénateur, je piloterai moi-même la mise en place du dispositif. Une évaluation annuelle aura lieu, dont je vous ferai part. En outre, chaque collège « ambition réussite » sera suivi par un inspecteur général.

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