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Surdité des souverainistes

par Hubert Haenel
Le Monde, mercredi 2 juin 2004

IL n’est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre. Sur les rives paisibles de la caricature et de la démagogie, les détracteurs de la future Constitution européenne attendent impatiemment l’heure de retrouver la souveraineté illusoire de leurs chères nations du passé, n’ayant rien appris ni retenu des désastres et parfois des déshonneurs du siècle précédent.

Messieurs les souverainistes, l’avenir n’est pas à vous. Il n’est pas à l’aveuglement et à la tromperie. Il n’est pas à la nostalgie et aux fantômes. L’avenir de l’Europe est à l’audace, à l’espérance et au courage.

Pourquoi ne pas reconnaître que le projet de Constitution européenne, qui est en réalité un projet de traité constitutionnel, est d’abord une avancée démocratique incontestable dans la manière de construire la gouvernance de l’Europe ?

Après dix-sept mois de travaux, la Convention européenne, riche de 105 membres venant de 28 pays différents, est parvenue à un consensus sur un projet unique de traité.

Pourquoi ne pas accepter que c’était la première fois depuis la conférence de Messine, en 1955, qu’une réflexion de cette nature, de cette qualité et de cette ambition était engagée sur l’avenir du destin commun qui lie près de 450 millions d’Européens ? Pourquoi ne pas avouer que ce fut la première grande aventure du XXIe siècle, et qu’à ce titre elle prend place parmi les étapes fondatrices de l’Europe à venir ?

Pourquoi ne pas affirmer que ce texte fondamental n’est une menace ni pour la démocratie ni pour la France ? Le projet proclame clairement et solennellement nos valeurs communes, les droits politiques, économiques et sociaux de la personne humaine, l’Etat de droit, la démocratie, bref, l’héritage de l’humanisme européen sur lequel se fondent l’Union et le modèle européen de développement et de civilisation.

Il renforce la gouvernance économique de la zone euro et inclut la préservation de notre diversité culturelle parmi les objectifs de l’Union.

Les citoyens européens disposent d’un texte simplifié, lisible et clair, et d’institutions qui devraient permettre de fonctionner de manière plus efficace, même à 27 ou plus. Il affirme notre projet politique, une Europe européenne capable de s’exprimer de sa propre voix sur la scène internationale en tant que puissance de paix et de fraternité, libre de ses choix.

Il fait progresser la démocratie, avec notamment l’élection pour une durée suffisante du président du Conseil européen, la confiance votée au président de la Commission par le Parlement ou le droit de pétition reconnu aux citoyens.

Il protège, enfin, efficacement l’identité des Etats contre les empiétements de l’Union, en instituant un contrôle effectif, par les Parlements nationaux, du principe de subsidiarité, selon lequel ne doit remonter vers l’Union que ce qui ne peut pas être traité de manière satisfaisante par les Etats.

Alors, où est l’ultrafédéralisme, où se trouvent les racines de ce super-Etat fédéral que personne ne souhaite mais que certains annoncent déjà ?

En quoi ce projet signe-t-il le déclin de notre pays, alors que celui-ci n’a jamais eu autant besoin d’appartenir à un espace stable de paix et de prospérité ? Où lit-on que le peuple français perd la maîtrise de son destin ? Qui veut « enterrer la France et la République », sinon ceux sur qui l’Histoire glisse sans laisser de traces ?

La vérité, messieurs les caricaturistes, c’est que vous vous opposez non pas simplement au projet de Constitution, mais aux fondements même de la construction européenne. Vous êtes d’ailleurs logiques avec vous-mêmes, depuis votre défaite de Maastricht, votre refus de l’euro ou votre frilosité à l’égard de l’élargissement.

En politique, la caricature est bien souvent le masque de la démagogie et du populisme ; elle nous a toujours menés au pire en ne préparant pas l’avenir. Ceux qui ne veulent rien entreprendre parce qu’ils ne sont pas assurés que les choses iront comme ils l’ont arrêté par avance se condamnent à l’immobilité et au déclin. Les Européens ne peuvent s’arrêter quand autour d’eux le monde entier est en mouvement. Quelles que soient les difficultés, ils n’ont qu’une ressource : continuer d’avancer.

« Rien n’est possible sans les hommes mais rien n’est durable sans les institutions », nous apprend Jean Monnet (1888-1979). C’est une leçon qu’il faut toujours avoir à l’esprit.

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