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Le « oui » à l’espoir

par Serge Dassault, sénateur de l’Essonne
Les Echos, vendredi 27 mai 2005
Imaginez comment la France serait accueillie par ses partenaires si elle votait « non » dimanche, elle qui fut à l’origine de la construction européenne il y a cinquante ans, elle qui aura été le principal rédacteur de cette Constitution européenne ? Elle serait déconsidérée. Le traité de Nice sera maintenu avec une Europe paralysée par l’absence de coordination dans les domaines politique, diplomatique ou de défense, dans une Europe où la voix de la France pèse moins de 10 % des voix.

Un « non » à la Constitution européenne ne diminuera ni le chômage ni les délocalisations ; seules des entreprises compétitives et motivées arriveront à les réduire efficacement. Qui peut croire qu’elles le seront si la France se trouve soudain isolée, conservant, seule, des contraintes fiscales et administratives paralysantes ? Voilà les risques que le « non », cette alliance sans lendemain des contraires, nous fait courir.

Le « oui », en revanche, est une chance pour nous, parce qu’il est un acte fondateur, le début d’une grande aventure, la formation d’une Europe de 450 millions d’habitants pouvant faire entendre sa voix dans le monde avec des moyens suffisants, diplomatiques et militaires. Il donnera naissance à une Europe réellement structurée, plus solide sur ses bases, disposant des moyens de s’imposer dans les relations internationales, avec un président opérationnel, un ministre des Affaires étrangères capable de construire une action diplomatique unifiée au lieu de l’actuelle dispersion des efforts. Avec une volonté de défense et de sécurité accrue, l’Europe pourra disposer d’une force d’intervention efficace. La nouvelle Constitution renforcera aussi la cohésion économique de l’Europe face à ses grands rivaux, Américains, Chinois et Indiens ; une Europe dotée des moyens d’agir pour se protéger, pour défendre son économie devant la déferlante asiatique. Dans ses institutions actuelles, celles que les tenants du « non » veulent conserver, elle en serait incapable.

Cette Constitution n’est pas parfaite, mais elle est plus démocratique que le traité de Nice. La Commission européenne sera mieux encadrée, placée sous la responsabilité du Conseil des ministres et du Parlement européen. Les citoyens auront un droit de pétition pour obliger la Commission à adopter une directive, à renoncer à une autre. En outre, les Etats qui voudront agir plus vite et plus fort le pourront grâce aux coopérations renforcées. Et puis on ne peut oublier que nous devons la paix en Europe à la construction européenne.

Voilà pourquoi je vais voter « oui » dimanche, « oui » à une Europe plus cohérente, plus efficace, plus démocratique et plus sûre. Contre le « non » du renoncement, du refus de l’avenir, je choisis le « oui » de l’espoir.
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