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L’après-G8 : l’Ukraine face à ses responsabilités

Par Gérard Longuet, sénateur de la Meuse
Les Echos, lundi 31 juillet 2006
Ce n’est pas sans raison que Vladimir Poutine avait inscrit la sécurité énergétique comme thème central du G8. Avec le développement de la Chine comme de l’Inde et le décollage de la Russie, la répartition des ressources naturelles figure parmi les préoccupations des dirigeants d’aujourd’hui et de demain. Au-delà du rendez-vous de Saint-Pétersbourg, l’approvisionnement en gaz sera au coeur des décisions que l’Europe politique devra prendre, notamment sous les présidences allemande, puis française, qui interviendront dans les prochains semestres. Le gouvernement russe joue un rôle crucial en ce domaine, principalement par le truchement de Gazprom, premier producteur mondial de gaz, ayant à sa disposition 28 % des réserves de la planète. L’année dernière, Gazprom a extrait 548 milliards de mètres cubes de gaz, assuré 26 % des besoins de l’UE et réalisé un chiffre d’affaires de 51,3 milliards de dollars, l’Europe représentant 70 % des recettes du consortium.

Mais si nous, Européens, bénéficions du statut d’acheteur solvable, nous sommes tributaires des pays de transit. Gazprom acheminant à travers l’Ukraine 90 % de ses livraisons européennes, Kiev dispose d’une carte essentielle en termes géostratégiques.

Il y a tout juste un an, tirant les conséquences de la « révolution orange » en Ukraine et se retranchant derrière le « droit du producteur », Gazprom annonçait son intention de réviser les tarifs gaziers privilégiés dont le gouvernement de Kiev bénéficiait jusqu’alors. Le mois suivant, la principale société de gaz ukrainienne, Naftogaz, ripostait en annonçant que, dans ce cas, elle diminuerait les exportations de gaz russe vers l’Europe. Le limogeage par le président ukrainien Iouchtchenko de son Premier ministre Ioulia Timochenko, l’ardente égérie de la « révolution orange », n’y changea rien : le 1er janvier dernier, Gazprom interrompait ses livraisons de gaz à l’Ukraine qui se mit alors à prélever pour sa consommation intérieure une partie du gaz destiné aux Européens.

Finalement, un accord est intervenu fixant le prix du gaz russe livré à l’Ukraine à 230 dollars les 1.000 mètres cubes - soit au cours mondial -, mais accordant à ce pays la possibilité de les payer 95 dollars s’ils étaient mélangés à du gaz d’Asie centrale transitant par la Russie.

L’instabilité politique actuelle de l’Ukraine, illustrée par la perspective d’un retour au pouvoir de Ioulia Timochenko, brouille à nouveau les cartes et fait peser une nouvelle menace sur les approvisionnements de l’Union européenne. Alors que Vladimir Poutine ne cesse de répéter que l’Europe « n’a rien à craindre » (de fait, même pendant la guerre froide, le gaz russe n’a jamais fait défaut aux Occidentaux), Ioulia Timochenko ne cache pas son intention de tout faire, si la direction du gouvernement lui est rendue, pour réviser les accords liant Kiev et Moscou.

Ainsi, la situation politique intérieure du pays, la volonté de Moscou d’obtenir le respect des engagements contractuels et l’accrois- sement des besoins en saison hivernale risquent de conduire le gouvernement de Kiev à des actes engendrant, comme le déclarait en juin dernier le président de Gazprom, Alexeï Miller, « une nouvelle et sérieuse crise gazière » - plus sérieuse même que la précédente.

Cette nouvelle crise interviendrait alors que l’Europe, faute d’avoir mis concrètement en place une politique commune de l’énergie, notamment nucléaire, serait désarmée. La coopération internationale et les accords à long terme en matière énergétique doivent donc être inscrits au programme des présidences futures de l’Union.

Personne n’est dupe, chacun est lucide et Ioulia Timochenko a reconnu elle-même dans « La Tribune » (11 juillet 2006) : « Pour nous tous, en Europe, la sécurité énergétique suppose de reconnaître que la nature de nos systèmes de fourniture et de transport d’énergie nous rend tous interdépendants. »

Développer l’efficacité énergétique, donc les économies au plan intérieur, est le devoir de chacun et, si le civisme ne suffit pas, les prix, hélas, nous rappelleront à l’ordre. Mais les 360 millions d’Européens n’accepteront les efforts individuels que s’ils sont soutenus par la mise en oeuvre d’une politique énergétique à long terme, notamment avec le producteur extérieur le plus proche de nous par la géographie, l’histoire et la culture. Même si nous devons encore accomplir des efforts de compréhension entre Russes et Européens.

Le nouveau président français aura à proposer et à promouvoir la mise en oeuvre de cette politique de l’énergie qui rendra à l’Europe son rôle d’acteur volontaire, indépendant et réaliste dans le concert des nations.
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