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Gaz de france, Suez, Enl

par Gérard Longuet, sénateur de la Meuse
Le Figaro, samedi 14 octobre 2006
L’Etat-propriétaire est un bien singulier négociateur. Qu’on en juge à partir du cas d’école désormais fameux de l’annonce de la fusion GDF-SUEZ en février dernier. C’est une situation que je connais bien pour m’être bien involontairement pris les pieds dans le tapis en annonçant triomphalement en septembre 1993 une fusion Renault-Volvo que les actionnaires suédois démentirent quelques semaines plus tard. En apparence pourtant tout était « nickel chrome ». Le président de Renault avait négocié au mieux avec le patron de Volvo, l’emblématique Gyllenhammar, chéri des médias mais suspect à ses actionnaires suédois. Il est vrai que si Renault disait oui, l’État français à juste titre compliquait en actionnaire - Bercy - ce qu’il avait accepté en gestionnaire industriel - Grenelle à l’époque.

Nous vivons à front renversé mais avec les mêmes inconvénients cette faiblesse inhérente au mélange des genres entre politique et affaires. Suez est menacé par Enel. Par ailleurs Gaz de France se cherche une belle alliance. Avec bon sens Jean-François Cirelli et Gérard Mestrallet se rapprochent. Le premier ministre béni l’union. Mais ce n’est pas lui qui décide, c’est le Parlement, c’est-à-dire l’opinion et les forces politiques. Les obstacles seront surmontés en six mois après de vraies inquiétudes et quelques accès de fièvre médiatique. Tout irait bien si la longueur, la lourdeur et la publicité de la procédure n’avaient pas inversé le rapport de force et sans doute au détriment en apparence de la société d’État.

En février GDF est sollicité. Il aurait pu fixer ses conditions s’il avait été libre de ses mouvements. Mais il a dû annoncer l’alliance, et sans avoir négocié la dot. Suez sait désormais que l’on a besoin de lui, sinon tant de bruit pour rien, ce serait insupportable pour l’opinion. Suez le sait et fixe ses conditions, fondées sur un rapport de force apparent qui lui est favorable. Son chiffre d’affaires n’est-il pas près du double de celui de GDF ? Sa valorisation boursière représente les les trois quarts de celle de GDF. Et la vieille maison a une longue habitude des marchés concurrentiels nationaux et mondiaux. Le sauveur est renvoyé à sa taille plus modeste et son actionnaire à la minorité de blocage.

Pourtant la vérité est tout autre : tous les deux ont besoin l’un de l’autre, et le principal actionnaire restera la puissance publique, l’État, la Caisse des dépôts et peut-être solidaires, les salariés de GDF.

Le plancher à 33 % est-il une protection pour l’État actionnaire ? Je ne le pense pas car tous les projets qui légitiment cette fusion, les acquisitions de gisements, les partenariats en France, en Europe, dans le monde peuvent à tout moment buter sur cette limite. Car tous ces projets peuvent à tout moment impliquer une dilution de la participation de l’État, qui là encore exigera un passage législatif, parfaitement incompatible avec le rythme et le secret des affaires.

En voulant se protéger l’État se condamne à n’être non pas un actionnaire, mais une sorte d’obligataire ou de « sleeping partner », tant sa mobilisation active serait trop lente et médiatiquement trop dangereuse.

Il existe une réponse.

L’État doit avoir confiance dans sa gouvernance au service de son projet d’actionnaire. Gouvernance des administrateurs qu’il désigne, et qui doivent choisir la direction, parce qu’ils représentent, et de loin, la première force. Contrôle de ses administrateurs par la mise en oeuvre d’une politique d’entreprise qui doit dans un espace de plus en plus ouvert, proposer une stratégie patrimoniale, de croissance ou de rentabilité. Croissance et rentabilité étant les seuls critères monétarisables et qui s’imposent à l’actionnaire public comme aux actionnaires privés.

Il faut abandonner l’illusion de forcer les marchés en manipulant une entreprise. Les règles appartiennent aux politiques. Les entreprises - même à capitaux d’Etat -sont confrontées aux réalités.

Pour ma part, je préférerais, une stratégie de croissance, au prix d’une dilution de la participation de l’État, mais avec la fierté de prolonger dans l’économie libre et ouverte sur le monde une réussite technique et commerciale développée à l’abri du monopole depuis 1946.

Pour cela l’actionnaire doit exprimer son ambition de moyen et long terme, faire confiance aux dirigeants qu’il choisit, et renoncer aux lignes Maginot juridiques, alors que seul le mouvement est la condition de la sécurité patrimoniale.

En votant les conditions de la fusion, la majorité n’abandonne pas son patrimoine ni ses équipes, elle leur donne un terrain plus vaste dans un ensemble industriel et de service qui sans la volonté des deux dirigeants serait aujourd’hui dirigé d’ailleurs.
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