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N’ayons pas peur de la Chine !

par Jean-Pierre Raffarin, sénateur de la Vienne
Le Figaro, mercredi 23 août 2006

Le défi n’est pas nouveau. Paul Claudel, qui fut consul de France en Chine, nous a prévenus : « Depuis Marco Polo, la Chine effraie, séduit et fascine. » Aujourd’hui, nous ne voulons être tentés ni par la fascination, ni par la diabolisation. Il nous faut revenir à la lucidité du Général de Gaulle en 1964. Un diagnostic lucide de la réalité chinoise s’articule autour de cinq questions : les limites de la croissance, l’identité culturelle, le potentiel de création, les ambitions internationales et la relation avec l’Europe.

Quelles sont les limites de la croissance chinoise ? L’économie chinoise se caractérise par une croissance durable : plus de croissance, le plus longtemps possible. Et chacun reconnaît que la croissance est plus forte que ne le montrent les chiffres officiels (1). La Chine pèsera de 15 à 20 % de l’économie mondiale en 2020. Elle pesait 1 % en 1976. Les performances actuelles sont impressionnantes. Les menaces aussi. L’actuelle stabilité politique - le nombre d’adhérents au PCC est plus élevé que le nombre de citoyens français - permettra-t-elle à la Chine d’humaniser sa croissance ? Le reste du monde trouvera-t-il les parades aux déséquilibres commerciaux, financiers, technologiques ou écologiques... ?

Peut-on surmonter les incompréhensions culturelles ? La civilisation chinoise s’est développée hors de la pensée européenne. Montaigne, déjà, dans ses Essais, notait : « En la Chine, duquel Royaume la police et les arts, sans commerce et connaissance des nôtres, surpassent nos exemples, en plusieurs parties d’excellence (2) ». Cette pensée de l’« harmonie », cette pratique de l’« obliquité », cette méthode de la « transformation », cette langue hermétique peuvent-elles favoriser un « commerce » équilibré, un nouveau dialogue civilisationnel capable d’écarter les risques et les excès ?

Quel est le potentiel de création de la Chine ? L’Européen est intrigué lorsqu’il apprend que « le concept de création n’existe pas en Chine » (3) et qu’en mandarin le même mot xue signifie à la fois copier et apprendre... Nos amis chinois connaissent bien ce procès qui leur est fait depuis que Confucius, lui-même, a dit : « Je transmets, je n’invente rien. » Le débat reste toujours vif, notamment quand il s’agit de respecter la propriété intellectuelle. Au XXIe siècle, le potentiel de création du peuple qui a inventé, avant les Européens, la bou ssole, est une question déter minante.

Quelles sont les ambitions de la Chine dans le monde ? La Chine a été la première puissance économique du monde jusqu’au début du XIXe siècle. Elle veut aujourd’hui retrouver sa place (4). Que veut-elle faire de cette place ? Les dirigeants chinois répondent : « Nous voulons la paix, l’émergence de la Chine sera pacifique. » Les tensions peuvent être nombreuses : « politiques » avec Taïwan, « historiques » avec le Japon, « concurrentielles » avec les États-Unis, « tendues » avec les autres pays en déficit énergétique. La puissance militaire et la culture pacifique nous adressent des messages contradictoires.

Quel avenir pour le dialogue sino-européen ? La Commission européenne présentera à l’automne une stratégie pour un nouveau partenariat dont l’objectif est de « vivre la relation avec la Chine comme un test de la capacité de l’Europe à faire de la mondialisation une opportunité pour l’emploi et la croissance ». L’Europe d’aujourd’hui est à la recherche de grands projets. Elle trouverait sans doute avec un programme « Confucius » le succès qu’elle a connu avec Erasmus. Il s’agit de bâtir une alliance de stratégie, de projets et de méthodes. L’Europe, moins dépendante que les États-Unis de la Chine, serait sans doute un meilleur partenaire, capable de mieux équilibrer fermeté et amitié.

Parce que ces cinq questions sont déterminantes, j’organise, avec la Fondation pour la prospective et l’innovation, un séminaire d’été au Futuroscope de Poitiers (5), ce vendredi 25 août, qui rassemblera plus d’une centaine de dirigeants et créateurs français, ayant une expérience de la Chine, pour réfléchir ensemble à la Chine de 2020.

L’ambassadeur de France en Chine, Philippe Guelluy, présentera le rapport initial. Avec Erik Izraelewicz, nous nous interrogerons sur la croissance chinoise, et, avec François Jullien, nous regarderons notre propre système de pensée au travers du prisme de la pensée chinoise. José Frèches animera le débat sur les créateurs chinois. Avec Hubert Védrine, nous échangerons sur les ambitions chinoises et sur les réponses européennes avec Michel Barnier. Nous présenterons nos conclusions à André Chieng à qui l’éducation familiale chinoise et la formation scolaire française confèrent une expertise d’exception.

Ces travaux seront prolongés par des discussions avec les alliés de notre diplomatie, puis confrontés aux réflexions de nos amis chinois. Au travers de deux événements précis, la crise du sras et la négociation pour Iter, j’ai pu mesurer la réalité de l’amitié franco-chinoise. Cette amitié ancienne est utile au monde. Elle permet la franchise, c’est-à-dire l’équilibre des échanges. La peur serait inamicale et absurde.

(1) La Chine, Le Cercle des économistes, cahier n° 9, janv. 2006.
(2) François Jullien, Conférence sur l’efficacité, « Libelles », Puf, 2005.

(3) André Chieng, La Pratique de la Chine, Grasset, 2006.

(4) Erik Izraelewicz, Quand la Chine change le monde, Grasset, 2005.

(5) Lieu d’implantation de l’entreprise chinoise de télécoms ZTE.

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