Groupe UMP SENAT
Ordre du jour
Lire aussi
"La victoire de 2007 est celle du Président"
La France est-elle capable de changer ?
« La grandeur de la France tient à l’ambition de demeurer une voix qui compte pour défendre la paix. »
Compétitivité : "le tour des pôles"
Agenda
Rechercher
La lettre d'information
Spécificités du Sénat
Nos sénateurs
  Par noms
  Par départements
Europe
  Regards sur l'Europe
  Flash Europe
  Actualités Européennes
International
  Regards sur le monde
  Repères internationaux


Archives
Liens utiles
 
Accueil - Publications - Articles - Raffarin Jean-Pierre

Pour un programme euro-chinois

Par Jean-Pierre Raffarin, sénateur de la Vienne
Les Echos, mardi 18 avril 2006

Toutes les semaines, des informations en provenance de Chine nous interpellent : certains expriment leurs craintes, d’autres réaffirment leur amitié. Dernièrement, nous apprenions, sous toute réserve, que l’américain Westinghouse aurait accepté de livrer toute sa technologie à la Chine pour son parc de centrales nucléaires de troisième génération alors que le français Areva s’y était refusé. Le grand réveil chinois s’accompagne d’une volonté d’autonomie technologique chaque jour plus affirmée.

Récemment, on apprenait aussi que la Chine construirait avec sa propre technologie le train à grande vitesse Pékin-Shanghai. Pendant ce temps, les ingénieurs militaires mettent la dernière main au ARJ21, un avion commercial petit-porteur annoncé pour 2009 pendant qu’un appareil de 150 places, concurrent direct des Airbus et Boeing, serait à l’étude.

Dans la téléphonie, le lancement de la troisième génération reste suspendu au développement d’un standard chinois capable de rivaliser avec les normes américaines et européennes adoptées par le reste du monde.

Aujourd’hui, tout responsable politique conséquent doit poser une question simple : quelles sont les perspectives de l’émergence chinoise ? Cette réflexion est urgente, Edgar Morin nous a prévenus, « à force de sacrifier l’essentiel à l’urgent, on finit par oublier l’urgence de l’essentiel ». Le monde a intérêt à faire le « pari » de la « règle de trois chinoise » : la Chine connaîtra une croissance durable ; l’alliance de la Chine et de l’Inde crée un marché unique asiatique durable ; la grande alliance financière entre la Chine et les Etats-Unis est, elle aussi, durable. La Chine est donc à la fois éveillée et protégée. Pour le monde, les conséquences sont lourdes : compression du coût du travail à l’échelle mondiale, nouveaux marchés, transformation de tous les marchés de matières premières, bouleversements géopolitiques fondamentaux...

C’est Wen Jiabao, Premier ministre chinois, qui déclarait récemment en France à l’Ecole polytechnique : « La clef de la coexistence et de l’évolution durable des différentes civilisations réside au fond dans la « concorde », le « he », ce qui signifie : la paix entre les Etats, l’entente homme-homme et l’harmonie homme-nature. » Comment construire « cette concorde » avec la Chine, son développement économique, ses ambitions politiques ? C’est un pari, le pari de l’« émergence pacifique de la Chine », comme le disent les stratèges chinois. La question se pose mais le pari ressemble à celui de Pascal. Quel serait l’intérêt de la France de participer à l’autre émergence, celle du nationalisme ?

Notre politique chinoise ne peut pas être manichéenne : nous devons lui tendre la main pour exiger beaucoup d’elle en même temps, nous devons être forts parce qu’il n’y a pas d’équilibre sans force.

Et la meilleure manière d’être forts pour l’Europe, c’est d’être unis.

Aujourd’hui, l’Europe est en panne. Les citoyens français et néerlandais, parce qu’ils ont été interrogés, et beaucoup d’autres qui s’expriment à travers les sondages, ont rejeté une méthode européenne qu’ils trouvent trop bureaucratique, trop lointaine et finalement trop mécanique. L’Europe a besoin de projets opérationnels pour relancer son espérance.

La relation euro-chinoise peut devenir un horizon concret pour l’Europe : loin de l’Europe des structures, l’Europe peut construire une « stratégie chinoise », économique et géopolitique, qui serait un vrai projet commun, réfléchi et coordonné par la Commission et les pays membres.

Après « Erasmus », c’est un véritable programme « Confucius » qu’il faut lancer :


-  D’abord, nous devons nous rassembler autour d’une plate-forme de valeurs et d’exigences vis-à-vis de la relation avec la Chine de manière à éviter en Europe la course au moins-disant démocratique.


-  Ensuite, nous devons partager notre analyse stratégique de l’évolution de la Chine. Une analyse européenne sur la Chine en 2020 devrait être engagée sur le modèle de celui engagé en France.


-  Nous devons inciter également les entreprises européennes à unir leurs forces sur les marchés asiatiques. Il est absurde de se faire concurrence avec les mêmes produits.


-  Enfin, nous devons construire avec la Chine une vraie stratégie d’alliance sur les thèmes sur lesquels nous sommes d’accord. Le soutien apporté par la Chine au projet européen de « l’énergie de la fusion », Iter, montre qu’une dynamique sino-européenne des grands projets est possible.

L’Europe prenant l’initiative d’un grand programme « sino-européen » retrouverait son rôle d’accompagnateur pour l’avenir de ses peuples. Il faut prendre conscience des véritables rapports de force face à la Chine : elle a autant besoin de nous que nous avons besoin d’elle. Elle sait construire des alliances qui lui sont favorables. La Chine est tous les jours davantage au coeur de l’économie-monde, nous devons éviter d’opposer les victoires des uns aux défaites des autres et rechercher les réussites communes.

Groupe UMP du Sénat© 2006 Mentions légales | Plan du site | Crédits