Groupe UMP SENAT
Ordre du jour
Lire aussi
"La victoire de 2007 est celle du Président"
« La grandeur de la France tient à l’ambition de demeurer une voix qui compte pour défendre la paix. »
Compétitivité : "le tour des pôles"
N’ayons pas peur de la Chine !
Agenda
Rechercher
La lettre d'information
Spécificités du Sénat
Nos sénateurs
  Par noms
  Par départements
Europe
  Regards sur l'Europe
  Flash Europe
  Actualités Européennes
International
  Regards sur le monde
  Repères internationaux


Archives
Liens utiles
 
Accueil - Publications - Articles - Raffarin Jean-Pierre

La France est-elle capable de changer ?

Par Jean-Pierre Raffarin, sénateur de la Vienne
Le Figaro, lundi 16 avril 2007

Depuis cinq ans, les changements ont été multiples. Le gouvernement a montré sa capacité de changement en réduisant les déficits et en maîtrisant la dépense publique. Les syndicats réformistes ont fait la preuve de leur courage pour la réforme des retraites, les automobilistes ont réduit la vitesse pour épargner des vies, les Français travaillent un jour de plus pour financer la dépendance, les fonctionnaires ont accepté que les jours de grève ne soient plus payés...

Mais il faut aller beaucoup plus loin, parce que le monde nous bouscule. Le défi asiatique est posé. La Chine qui crée une France tous les trois ans en augmentant sa population de 20 millions par an est en train de bâtir avec l’Inde un immense marché commun asiatique où va progressivement s’installer la première économie du monde. Là-bas, le doute n’existe pas, la langue chinoise ne connaît pas le conditionnel. Pour nos emplois, la France devra participer à un nouveau dialogue Euro-Asie. La paix du monde reste en danger. Les conflits anciens perdurent, de nouveaux apparaissent. Le terrorisme est sans frontière. La paix ne sera pas imposée par une puissance contre les autres, seul un équilibre multipolaire pourra nous protéger. Jacques Chirac a tracé la voie diplomatique et militaire. La relance de l’Europe est urgente. Ces deux défis nous imposent une nouvelle ambition pour l’Europe. En retrouvant une certaine souveraineté économique, avec la préférence communautaire, l’Europe assumera sa double finalité : valoriser le travail des Européens et les protéger des désordres du monde. Le préalable est la signature d’un traité simplifié pour relancer la gouvernance européenne.

La révolution écologique est devant nous. C’est maintenant une question de survie pour la planète. Le réchauffement climatique, l’épuisement des ressources naturelles, notamment, nous conduisent à agir pour la création d’une agence de l’ONU pour l’environnement mais aussi sur le plan national à rechercher une autre croissance plus attentive à la planète, c’est-à-dire à l’avenir de l’humanité.

Pour assumer ces défis, la France devra se fixer un petit nombre de priorités porteuses d’un grand nombre de changements. Je vois dans le projet de Nicolas Sarkozy trois volontés claires : revaloriser le travail, retrouver des marges d’action dans les finances publiques et renforcer les liens sociaux par les liens personnels.

Le travail est une valeur. Il est essentiel à l’intégration sociale, il est un chemin d’épanouissement personnel, il est à la base de notre compétitivité, il finance notre cohésion sociale... Parce que les jeunes entrent trop tard dans la vie active, que les seniors en sortent trop tôt et que, entre les deux, les 35 heures ont réduit notre capacité de travail, parce qu’aussi on a trop tardé, dans les années 1980, à enrayer la montée du chômage, notre pays est devenu celui qui travaille le moins en Europe. Là est pour Nicolas Sarkozy la priorité du changement. Là aussi est sa crédibilité. C’est pourquoi nous tiendrons l’engagement d’atteindre en cinq ans le plein-emploi : un chômage inférieur à 5 % et un emploi meilleur pour tous.

Finances publiques : des économies pour les réformes. Depuis 1981, notre dette a explosé parce que les grandes décisions dites « sociales » (nationalisations, recrutement d’un million de fonctionnaires entre 1981 et 1995, retraites à 60 ans, 35 heures...) ont été financées par l’emprunt. Après un quinquennat d’efforts, nous terminons l’année 2006 avec de bons résultats : désendettement de 40 milliards d’euros, réduction du déficit budgétaire et croissance plus forte que prévu, 0,7 % au quatrième trimestre. Nicolas Sarkozy, dans cet esprit, finance son projet intégralement par des économies sur les dépenses existantes. Ainsi, il ne sera pas possible de financer les « dépenses de tous les jours » par la dette, voilà une grande différence avec les socialistes.

Le lien social : renforcer les liens personnels. Comme l’écrit Luc Ferry, « la sphère privée devient sous nos yeux la grande affaire publique de demain  » (1). Ainsi de grands sujets tels que l’éducation, la santé, le logement, les loisirs... relèvent des préoccupations collectives mais ils impliquent aussi les liens personnels. Pourquoi la droite parle-t-elle maintenant de manière décomplexée de l’allégement de la fiscalité de l’héritage ? Parce que la famille est reconnue comme un espace de valeurs personnelles qui ne peut être remplacé. Ainsi parle-t-on aujourd’hui autant des devoirs que des droits des parents. Quand Nicolas Sarkozy fait de « la transmission des repères de l’autorité, du respect et du mérite » une priorité, il rappelle aux républicains que la fraternité naît aussi dans les liens personnels qui participent au tissage du lien social.

Ces changements sont possibles parce qu’ils s’appuient sur une lucidité, d’abord, une volonté ensuite, parce qu’aussi leur faisabilité repose sur une méthode préparée, discutée et en rien improvisée.

La maîtrise du temps. Le quinquennat a été un accélérateur supplémentaire du facteur temps en politique.

Pour aller vite, il faut d’abord une équipe resserrée, il faut aussi des projets finalisés. Qu’il s’agisse des textes de la session extraordinaire de juillet 2007 (exemple du service minimum) ou qu’il s’agisse des négociations européennes pour un traité simplifié, il est d’évidence nécessaire d’anticiper. Pour répondre au paradoxe du citoyen qui demande des décisions de plus en plus rapides en exigeant des consultations de plus en plus longues, la seule méthode est l’anticipation. Les socialistes n’ont pas utilisé leur temps d’opposition pour finaliser leur projet. Trop d’obstructions, pas assez de préparation, c’est aujourd’hui leur fragilité.

La maîtrise du temps impose aussi de hiérarchiser les réformes. En 2002, nous avions donné la priorité à la réforme des retraites sur l’assouplissement des 35 heures. En 2007, le calendrier permettrait d’inverser l’ordre, la revalorisation du travail en premier, puis le rendez-vous des retraites en 2008.

La recherche d’alliés. Parlant de politique, Albert Camus disait : « Il ne s’agit pas de choisir un avenir mais de le rendre possible. » De ce point de vue, le projet de François Bayrou est impossible car il n’a pas les alliés de sa politique. Et il faut même aller au-delà et faire l’alliance entre le politique et la société civile.

C’est la CFDT qui a rendu possible la réforme des retraites, c’est la mutualité qui a permis celle de l’assurance-maladie, ce sont les départements qui ont rendu possible l’acte II de la décentralisation, etc. Le contre-exemple du CPE est démonstratif. Le président, par sa pédagogie institutionnelle, peut construire avec les Françaises et les Français les alliances nécessaires pour la réforme. Le premier ministre, lui, devra s’exposer dans les rouages du dialogue social.

L’ouverture au monde. Chacun se souvient de la candidature de Paris aux Jeux olympiques de 2012. Nous étions tellement persuadés que notre dossier était le meilleur que l’on pouvait même faire grève le jour où la commission de sélection visitait les sites parisiens. Ouvrons les yeux sur le monde. Mesurons qu’un Danois travaille environ 30 % de plus qu’un Français, qu’au Royaume-Uni, un chômeur doit effectuer trois démarches par semaine, que les jeunes Finlandais (7-14 ans) ont de meilleurs résultats scolaires que les jeunes Français et pourtant ils ont 470 heures de cours en moins par an (2)...

Pour profiter de la mondialisation, nous ferons de l’attractivité de la France une priorité économique. Notre politique universitaire s’inspirera de la réussite des universités canadiennes. À l’inverse, le Parti socialiste français est trop isolé pour s’ouvrir au monde. C’est pourtant un excellent levier de changement. Je me souviens des commentaires de G. Schröder à propos des « conservateurs de gauche » : « Ceux qui pensent que rien ne doit changer n’ont pas compris à quel point le monde se transforme autour d’eux. »

Nicolas Sarkozy a compris la vérité de la France dans le monde. Pascal Bruckner écrivait dans son dernier livre (3) à propos des Français : « Ce grand peuple aime les fables, est allergique à la vérité toute simple, toute nue... Le jour où il l’acceptera sera le début du vrai changement. »

Ce jour se lève.


(1) Luc Ferry, Famille, je vous aime (XO Éditions).
(2) Jacques Marseille, Les bons chiffres pour ne pas voter nul en 2007 (Perrin).
(3) Pascal Bruckner, La Tyrannie de la pénitence (Grasset).

Groupe UMP du Sénat© 2006 Mentions légales | Plan du site | Crédits