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Lettre à un ami chinois

par jean-Pierre Raffarin, sénateur de la Vienne
Le Figaro, lundi 5 décembre 2005
Pollution à Harbin, extension de la grippe aviaire, explosion dans une mine... Les malheurs de la Chine deviennent des douleurs de la planète. La Chine est sortie de l’imagerie magique pour entrer dans notre univers médiatique quotidien. Le débat est lancé pour déterminer la date à laquelle l’économie chinoise rattrapera celle des Etats-Unis.

Ce contexte nouveau révèle la prise de conscience mondiale de « l’émergence chinoise ». La France veut garder une lucidité d’avance quant à l’avenir de l’Asie et doit franchir une étape nouvelle de ses relations avec la Chine. On ne plaisante plus avec Claudel : « Que pensez-vous des Chinois ? Je ne les connais pas tous. » On ne peut plus voler « vers l’Orient compliqué » avec « des idées simples ». Le temps est venu pour un pacte stratégique d’amitié entre la France et la Chine. La stratégie plus l’amitié.

Première étape de ce nouvel élan, « le partenariat stratégique global » signé par les présidents Hu Jintao et Jacques Chirac à Paris, le 24 janvier 2004, pour le 40e anniversaire de l’initiative lucide du général de Gaulle, doit être conforté. Comme l’a dit Wen Jiabao (le Figaro du 3 décembre), « les relations sino-française n’ont jamais été aussi positives ». Ainsi, il nous faut cultiver ensemble nos convictions communes : le multilatéralisme et notre vision multipolaire qui fait de la Chine une puissance d’équilibre, le respect du droit international dont l’ONU est le pilier, la diversité culturelle pour laquelle nous venons de gagner ensemble à l’Unesco...

Au-delà de ces points d’accord chacun doit participer à la stratégie globale : la Chine en étant attentive aux valeurs de la France, notamment dans les prochains rendez-vous mondiaux (tels que les négociations de Hongkong pour l’OMC...) ; la France en favorisant la compréhension européenne des demandes chinoises relatives à la normalisation de ses relations avec l’Union. De grands sujets internationaux sont à intégrer à nos visions communes : la Corée du Nord, dossier sur lequel l’action de la Chine est positive ou l’Iran, pays qui doit ressentir la solidarité des Chinois et des Européens...

Deuxième objectif de notre pacte stratégique d’amitié, l’accélération de notre dialogue culturel.

Les Français aiment et respectent les civilisations multimillénaires. Les années culturelles croisées ont été un grand succès. Il nous faut donner un prolongement à cette dynamique amicale. Les projets de nos premiers ministres Wen Jiabao et Dominique de Villepin, quant à une déclaration commune relative au développement des échanges des jeunes, constituent une partie majeure de la réponse.

Les centres Confucius, tel que celui créé à l’université de Poitiers, tout comme leurs homologues de l’alliance française, stimuleront ces échanges. Les 80 collectivités locales présentes à Wuhan avec le sénateur J. Valade, dans le cadre de la coopération décentralisée, ajouteront leurs initiatives à ce mouvement. Les JO de 2008 et surtout l’Exposition universelle de Shanghaï (1) sont des échéances majeures pour donner une nouvelle dimension à nos échanges culturels. Les intellectuels des deux pays peuvent aussi débattre des idées qui marqueront le siècle naissant.

Les questions sont nombreuses : que peut apporter le « wa » (2), « la pensée de l’harmonie » après un siècle d’affrontement ? Dialectique, dialogique ? Echanger, c’est respecter. L’amitié entre les peuples se nourrit de tels échanges, c’est la condition pour éviter, ici, les excès de la peur et, là-bas, en réponse, les excès du nationalisme.

Nous devons ensuite rechercher les moyens et les méthodes de la pérennité d’une confiance durable. Première condition de cette confiance : la transparence de nos échanges sur nos préoccupations telles que la promotion et le respect des libertés et des droits, la protection de l’environnement et le développement durable, les choix énergétiques, la lutte contre les inégalités...

Les progrès constatés sur l’échange d’informations relatives à la grippe aviaire sont de bon augure. Les amis doivent pouvoir se parler, notamment dans les moments difficiles, comme j’avais tenu à le faire, sur place, pendant la crise du Sras. Sur des sujets aussi différents que la crise irakienne ou le choix de Cadarache pour le projet Iter, nos échanges ont été fructueux. Les occasions sont nombreuses où l’on doit pouvoir compter sur la préférence amicale. Dans cette perspective, nous devons développer davantage de projets communs, de projets d’avenir. Le nucléaire civil est probablement le dossier prioritaire, le dossier test, en raison de l’urgence mondiale, de la préoccupation de la Chine et de la compétitivité de la nouvelle technologie française (EPR) ; l’Aéronautique et le spatial, le ferroviaire, les télécommunications... nous offrent des champs fertiles de coopération à haut niveau.

Toutefois, l’amitié stratégique ne saurait s’accommoder d’un grand déséquilibre des emplois, les Français ne le comprendraient pas. La 6e économie mondiale pour le PIB (4e déjà pour la production industrielle) doit aussi se préoccuper de « l’harmonie » quant aux localisations des emplois. La croissance chinoise est une bonne nouvelle pour la croissance mondiale. Nos entreprises ont évidemment besoin d’être présentes sur des marchés en telle croissance.

L’appétit technologique de la Chine est compréhensible. Mais nous devons travailler à une amélioration « gagnant-gagnant » de nos échanges. Les 300 PME françaises que j’ai récemment accompagnées à Shanghaï et à Hongkong comptent sur des commandes pour donner aussi du travail à leurs équipes, elles comptent aussi sur la lutte anticontrefaçons.

L’installation au Futuroscope de Poitiers d’une plate-forme européenne de formation de la grande entreprise chinoise des Télécommunications, ZTE, s’inscrit aussi dans une démarche positive. C’est dans ce lieu que nous organiserons, en 2006, l’université d’été des Amis de la Chine sur le thème « Chine 2020 ».

Des entreprises françaises créent en Chine, des entreprises chinoises viendront aussi créer en France. Cette recherche d’équilibre n’est possible que dans le cas d’un pacte stratégique et d’amitié. Quand un pays, comme la Chine, avec vingt millions d’habitants de plus par an, crée ainsi « une France supplémentaire » tous les trois ans, notre devoir est d’aller au contact de son peuple, « le peuple le plus optimiste de la planète ».
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