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QOAD de Gisèle Gautier - Prévention et répression des violences - 23 janvier 2007

QOAD de Gisèle Gautier - Sénateur de la Loire-Atlantique - 23 janvier 2007 - Prévention et répression des violences - Intervention de Jean-Guy Branger, Sénateur de la Charente-Maritime

Jean-Guy Branger, Sénateur de la Charente-Maritime

Madame la présidente, madame la ministre déléguée, mes chers collègues, permettez-moi tout d’abord de remercier Mme Gisèle Gautier d’avoir posé cette importante question.

Membre de la délégation du Sénat aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes, j’ai été élu par ailleurs représentant du Sénat à l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe. Au sein de cette assemblée, je suis membre de la Commission sur l’égalité des chances pour les femmes et les hommes et je voudrais faire connaître l’activité de cette importante commission.

À l’occasion de la campagne du Conseil de l’Europe pour combattre la violence contre les femmes, j’ai été désigné par le président du Sénat, M. Christian Poncelet, comme « parlementaire de référence » pour la mise en oeuvre de la résolution sur « les Parlements unis pour combattre la violence domestique contre les femmes ».

J’ai été élu par mes collègues coordonnateur régional du groupe des parlementaires de référence représentant neuf États : outre la France, la Belgique, le Liechtenstein, Monaco, le Luxembourg, les Pays-Bas, la Suisse, l’Irlande et le Royaume-Uni.

Investi de ces responsabilités, qui sont relativement importantes si l’on veut bien accomplir sa mission, j’ai donc participé, le 27 novembre dernier, au lancement de la campagne du Conseil de l’Europe à Madrid, où je vous ai vue, madame la ministre déléguée. J’ai en particulier été amené à récapituler toutes les initiatives prises par notre gouvernement dans ce domaine. Il est bon, je crois, de les rappeler, compte tenu de ce que j’entends ici et là.

Madame la ministre déléguée à la cohésion sociale et à la parité, vous avez fait une importante communication au conseil des ministres du 22 novembre 2006 en vue de la campagne du Conseil de l’Europe. L’urgence de la lutte contre les violences domestiques ne peut pas être masquée puisque, en 2005, on a encore constaté 113 meurtres. Devant cette urgence, les lois du 12 décembre 2005 et du 4 avril 2006 ont consacré cette lutte comme étant une priorité du gouvernement français.

Le renversement, au profit de la victime, du droit au maintien dans les lieux, et donc de l’éviction de l’auteur de violences, à l’instar de la plupart des législations européennes récentes, est l’un des progrès obtenus.

Je citerai encore l’extension de la qualification de circonstances aggravantes au conjoint pacsé ainsi qu’à l’ex-conjoint.

Ces mesures légales s’accompagnent d’une formation des personnels de gendarmerie comme de police, ainsi que des médecins généralistes, à l’accueil et à l’écoute des victimes.

Des précisions sur ces différents points vous ont été demandées, madame la ministre déléguée. Je sais que vous ne manquerez pas de nous les donner.

Le soutien financier aux associations est également accru. Des dispositions relatives au droit à l’assurance chômage et au bail commun visent également à protéger la victime qui choisit de changer de travail et de domicile. Un numéro d’appel unique permet de mettre en oeuvre toutes les mesures médico-sociales nécessaires.

Enfin, à l’instar de l’approche luxembourgeoise, une place est désormais faite, à côté de la répression, à la prévention de la récidive, en favorisant une modification du comportement de l’agresseur.

Vous me permettrez d’ajouter quelques observations personnelles à cette récapitulation, fondées sur le constat, qui est à mes yeux plus qu’une coïncidence, qu’il existe un parallélisme entre démocratie et lutte contre la violence domestique.

La violence intrafamiliale doit être vigoureusement combattue en vue de son éradication. Il ne s’agit nullement d’un phénomène de mode s’inscrivant dans une victimisation généralisée, alléguée par certains tenants des gender studies. Il s’agit encore moins de souligner le coût financier de cette forme de violence, comme on le ferait pour n’importe quel fléau social, pour les cancers ou les accidents de la route. Il s’agit de combattre une violence qui s’exprime par la brutalité de la force physique aux dépens des mères, des compagnes, des jeunes filles et même des fillettes.

La violence domestique ne reste jamais confinée dans le cercle familial : elle est une école de la violence sociale. Un jeune qui aura été le témoin au sein de sa propre famille de violences exercées contre sa mère et/ou ses soeurs intégrera que la subordination des femmes et la brutalité des hommes sont naturelles et qu’elles sont, par conséquent, une affaire privée. Certaines traditions n’en font-elles pas d’ailleurs un comportement légitime ?

Il faut bien entendu que les autorités publiques protègent les victimes individuelles et que la justice réprime les comportements inadmissibles. Mais la famille, qui forme les hommes et les femmes de demain, doit aussi être le premier foyer du respect de chacun avant que l’école ne prenne le relais.

La civilisation, quelle que soit la forme qu’elle présente, c’est d’abord et toujours le dépassement de la loi du plus fort. La civilisation, c’est la substitution du débat à la force physique ; la civilisation, c’est la renonciation aux rapports de force interindividuels pour leur substituer le respect de la personne humaine et de ses droits inaliénables, égaux et universels.

Il est primordial que ces principes fondamentaux soient inculqués dès l’enfance aux futurs citoyens européens, ainsi qu’à ceux qui se sont installés chez nous.

La vie en société comporte inévitablement le renoncement à ce que les psychanalystes appellent la toute-puissance infantile. La famille patriarcale archaïque reposait sur un certain équilibre : aux hommes les travaux extérieurs exigeant de la force physique, aux femmes les soins des enfants et les travaux domestiques, dont dépendaient tout autant la survie du groupe : cuisine, fabrication des vêtements, des conserves, notamment. La mécanisation de toutes ces tâches, des plus dures aux plus coutumières, ne justifie plus la répartition traditionnelle qui a longtemps fondé une asymétrie juridique.

La perpétuation d’un statut d’infériorité, devenu complètement obsolète, est désormais insupportable, car il est en contradiction avec l’évolution de nos sociétés et avec les valeurs consacrées par la Convention européenne des droits de l’homme et des libertés fondamentales. En effet, les sociétés européennes rassemblent des hommes et des femmes qui ont vocation à exercer les mêmes métiers, en étant titulaires des mêmes diplômes.

La survivance du schéma patriarcal au sein des familles ne peut que générer des tensions. Lorsque les hommes de la famille sont tentés d’exprimer leurs frustrations sociales par des gestes violents contre les femmes, ils lèsent évidemment des personnes à qui ils dénient le respect de leurs droits. En outre, comme je le disais, cette violence ne restera pas confinée au seul cadre familial. Les garçons qui auront été témoins des violences contre les femmes de leur famille risquent, par réflexe, de recourir à la brutalité pour régler tout différend, sur fond de refus de ces compromis dont est pourtant tissée toute vie collective et du principe d’égalité entre toutes les personnes humaines.

Voici pourquoi je me félicite que le Conseil de l’Europe se soit donné comme mission primordiale, avec l’appui des parlements nationaux, la lutte contre la violence domestique. Il y va non seulement de la protection des femmes, mais également de tout l’équilibre de nos sociétés.

Par ailleurs, je rappelle que la violence domestique ne doit pas être combattue seulement lorsqu’elle se marque par des traumatismes physiques. Le plein respect du principe d’égalité nous impose de lutter tout autant contre des formes de violences plus insidieuses.

Je pense ici aux mutilations sexuelles, que l’assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, relayée par Amnesty international, a plusieurs fois condamnées comme des violences inadmissibles. À cet égard, les tribunaux français sont exemplaires.

Je pense également aux mariages forcés imposés à de toutes jeunes filles, qui, pour elles, ne sont rien d’autre que des viols. Le Gouvernement et le Parlement français viennent judicieusement de relever à dix-huit ans l’âge du mariage, pour les filles comme pour les garçons, et de renforcer la législation pour empêcher les mariages précoces, souvent imposés.

J’appelle encore notre gouvernement à lutter avec détermination contre la polygamie, qui est toujours une violence contre les femmes. L’INSEE évalue à 10 000, peut-être à 20 000, le nombre de foyers polygames. Au total, de 100 000 à 200 000 personnes seraient concernées.

On nous invite à prendre en considération le devenir sombre des enfants de ces foyers, qui forment le gros des bataillons de l’échec scolaire et de l’exclusion professionnelle. La « décohabitation », qui requiert autant de logements sociaux que d’épouses, ne peut être une réponse de fond à ce problème.

J’ai le souvenir d’un imam autoproclamé de la région lyonnaise qui justifiait la violence physique des maris contre leurs femmes et qui, en même temps - mais est-ce un hasard ? -, avait deux épouses qu’il condamnait à la réclusion, alors qu’il vivait chez une troisième femme. Il avait seize enfants, dont la charge était laissée à la collectivité.

Violences physiques et violences psychologiques sont également destructrices pour toutes les victimes, femmes et enfants.

Je suis déjà intervenu avec force sur les violences psychologiques faites aux femmes au cours de nos débats. Il nous faudra revenir ensemble sur ce sujet.

Enfin, je conclurai en invitant nos gouvernements à lutter contre une forme muette de violence, mais qui a d’importantes conséquences : l’inégalité dans l’accès au savoir.

Priver une jeune fille de l’instruction et de la formation professionnelle, donc de toute autonomie, c’est la condamner à la soumission et donc la désigner comme la victime des excès potentiels d’un compagnon auquel elle ne pourra échapper.

J’ai encore le souvenir d’un père de famille qui refusait d’envoyer ses filles à l’école, non sans prendre soin de réclamer les allocations de rentrée scolaire ! Pouvez-vous nous assurer, madame la ministre déléguée, que l’obligation scolaire est désormais correctement contrôlée ?

Madame la présidente, madame la ministre déléguée, mes chers collègues, telle est l’approche que j’ai proposée, au nom du groupe des neuf pays qui m’ont élu, pour le lancement de la campagne du Conseil de l’Europe. Telles sont également les observations que je souhaitais vous soumettre, que je veux utiles pour toutes les femmes européennes et qui seront la source d’un message de respect, universel comme le principe d’égalité.

Madame la ministre déléguée, je vous ai écoutée à Madrid, lors du lancement de cette campagne et je sais pouvoir compter sur votre engagement. Vous nous l’avez dit, votre intervention a été grandement appréciée par l’ensemble des participantes et des participants. Vous pouvez également compter sur nous pour faire de 2007 une année importante en matière de lutte contre les violences faites aux femmes, particulièrement les violences domestiques.

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