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QOAD de Gérard César - Application de la loi d’orientation agricole - 7 novembre 2006

QOAD de Gérard César - Sénateur de la Gironde - 7 novembre 2006 - Application de la loi d’orientation agricole - Intervention de Rémy Pointereau, Sénateur du Cher

Rémy Pointereau :

Monsieur le ministre, je voudrais tout d’abord remercier notre collègue Gérard César d’avoir eu cette heureuse initiative de vous interroger sur le bilan d’application de la loi d’orientation agricole, qu’il avait rapportée. Cette séance tombe à point nommé, puisque tout récemment est intervenue une revalorisation généralisée des retraites agricoles sur 2007. C’est l’occasion de vous dire, mais vous le savez, combien ces mesures étaient attendues dans le monde rural.

Même si cette loi d’orientation n’irait pas assez loin, selon un certain nombre d’organisations professionnelles agricoles, elle a le mérite de traiter de nombreuses évolutions indispensables à l’agriculture française pour s’adapter aux enjeux de demain : la sécurité alimentaire, la qualité des produits - tout en préservant nos traditions -, la démarche d’entreprise, l’amélioration des débouchés des productions agricoles et forestières, la maîtrise des aléas climatiques, la simplification administrative et institutionnelle.

Sur ce dernier point en particulier, monsieur le ministre, la réglementation tatillonne d’origine française et communautaire et les contrôles multiples ont transformé le travail de la terre en une gestion quotidienne de paperasserie administrative. Vous l’aviez souligné à l’occasion de la discussion du texte au sein de cette assemblée, simplifier c’est non pas déréglementer, mais permettre aux exploitants de concentrer leur temps à produire et à développer leur exploitation, plutôt qu’à remplir des dossiers.

Or, à ce jour, cette simplification a du mal à émerger. Parfois, au contraire, certaines administrations continuent à faire du zèle. Je vous remercie, monsieur le ministre, de leur donner un signe...

De façon plus précise, j’attirerai votre attention sur quelques points, sur lesquels les textes d’application de la loi ne sont pas encore parus, créant certaines difficultés concrètes pour les professionnels.

S’agissant de l’article 8 de la loi d’orientation agricole concernant la modernisation du fermage, l’ordonnance complète l’article L. 416-3 du code rural concernant la reconduction des baux à long terme d’au moins vingt-cinq ans ; elle prévoit qu’en l’absence d’une clause de tacite reconduction le bail prend fin au terme stipulé sans que le bailleur soit tenu de délivrer un congé et sans qu’il y ait un renouvellement possible.

Or, monsieur le ministre, cette interprétation semble contraire à l’article L. 416-1 du code rural selon lequel le bail à long terme est conclu pour une période d’au moins dix-huit ans et renouvelable par période de neuf ans. Cette position avait d’ailleurs été reprise par la Cour de Cassation dans un arrêt en date du 12 juin 2003. Je vous remercie de me répondre sur ce point.

Pour ce qui est du bail cessible, la loi précise que la majoration de ce dernier - 50 % au maximum - s’applique aux maxima prévus par l’article L. 411-11 du code rural. Cet article dispose que le prix du bail est fonction de la durée de celui-ci. Il n’y a donc aucune ambiguïté dans la loi. Si un bail cessible est conclu pour vingt-cinq ans, il suffit de prendre le maximum fixé par l’arrêté préfectoral pour une durée de vingt-cinq ans et d’appliquer la majoration de 50 % pour connaître le montant maximum du fermage, les parties du contrat étant libres de convenir d’un montant moins élevé.

Pour autant, dans une réponse ministérielle publiée au Journal officiel du Sénat le 1er juin 2006, sous le numéro 22 691, vous précisez, monsieur le ministre, que la majoration de 50 % s’appliquerait au prix du bail de neuf ans, et non pas du bail de vingt-cinq ans, ce qui paraît contraire à la loi. Pourriez-vous m’éclairer sur ce point et me dire si vous envisagez de publier un décret conforme à l’esprit de la loi ?

Par ailleurs, s’agissant du contrôle des structures visé à l’article 14 de la loi, il semble que le décret d’application ne soit toujours pas paru à ce jour. Avec la circulaire, la libéralisation du contrôle crée des difficultés pour ceux qui s’installent ou qui veulent s’agrandir, car ils ne savent pas s’ils doivent demander une autorisation ou se contenter d’une simple déclaration.

Ces règles peuvent aussi engendrer des inégalités, et surtout des conflits, sachant que la première installation d’un jeune agriculteur et la réinstallation d’un propriétaire ou d’un fermier, exproprié ou évincé, constituent des priorités.

Par ailleurs, une personne détenant déjà 2 % du capital d’une société peut-elle reprendre les 98 % restants sans demander une autorisation d’exploiter ?

Par circulaire en date du 8 août 2006, la direction générale de la forêt et des affaires rurales précise aux directions départementales de l’agriculture qu’en matière de société un contrôle de la « double participation » continue d’être opéré. Cette disposition vise le cas de l’augmentation de parts de sociétés par une personne ayant déjà la qualité d’exploitant agricole dans une autre structure, même si cette dernière a déjà été autorisée à exploiter ses terres. Il semble que cette interprétation soit contraire à la loi. Pouvez-vous, monsieur le ministre, m’apporter des éclaircissements sur ce point ?

Enfin, qu’en est-il de la liberté de choix d’un propriétaire qui a plusieurs candidats à l’installation ?

La question du loyer de la maison d’habitation d’une exploitation agricole a été abordée lors de la discussion de la loi d’orientation agricole et traitée dans le cadre de la loi portant engagement national pour le logement, publiée le 13 juillet dernier. De nombreux propriétaires et fermiers attendent avec impatience le décret correspondant.

Pour ce qui est des clauses de gestion environnementale, là encore, les décrets d’application sont attendus. À ce jour, une seule réunion aurait eu lieu.

S’agissant du crédit d’impôt « remplacement », prévu à l’article 25 de la loi, ce texte apparaît d’une portée trop restrictive, puisqu’il ne bénéficie qu’aux exploitations sur lesquelles la présence quotidienne est requise tout au long de l’année. Or c’est une appréciation très factuelle. Peut-on en effet considérer qu’un agriculteur dans le secteur végétal n’a pas à assumer des contraintes de présence, alors même que son calendrier de travail ne lui permet pas de partir en congé pendant les périodes scolaires ? Cet article introduit donc des inégalités entre les agriculteurs.

Quant à l’exonération de cotisations sociales pour les travailleurs occasionnels - il s’agit de l’article 27 de la loi -, si les décrets d’application sont bien parus, il existe néanmoins un problème d’interprétation de la part de votre ministère : l’exonération pour les travailleurs occasionnels passe de 100 à 119 jours et, selon vos services, le texte s’applique à la condition que la période des 100 premiers jours ne soit pas achevée à la date de publication du décret ; si cette condition n’est pas remplie, l’exonération ne s’applique pas aux contrats en cours, qui restent soumis à une exonération de 100 jours. Or il serait utile que l’extension de cette exonération s’applique à tous les contrats de travail en cours.

Sur le point concernant les calamités agricoles et l’assurance récolte, une participation efficace de l’État est nécessaire pour mettre en oeuvre une vraie réforme du fonds national des calamités et permettre ainsi le déblocage du système actuel d’assurance récole. Il importe, en effet, d’assouplir ce dernier et de l’étendre rapidement à tout le territoire, ainsi qu’à l’ensemble des productions.

Cette assurance doit prendre en compte plutôt la parcelle, et non la culture, et se fonder sur la seule estimation de la perte de rendement, à l’exclusion de tout autre type de reconnaissance, nationale ou départementale, qu’il s’agisse d’arrêtés de catastrophe naturelle ou de la validation par Météo France.

J’en viens, enfin, à l’évolution des textes réglementaires sur la génétique des animaux d’élevage. Qu’en est-il des arrêtés relatifs aux établissements départementaux de l’élevage et aux contrôles de performance, qui devraient être publiés dans le courant du premier semestre de 2007 ?

Le mouvement de restructuration à entreprendre pour les EDE-Chambres d’agriculture est important. Il prend du temps, afin de permettre la concertation avec les organismes de contrôle des performances. C’est pourquoi vos services ont été saisis par l’Assemblée permanente des chambres d’agriculture d’une demande de report au 1er janvier 2009 de la date d’application des textes relatifs aux EDE et aux contrôles de performance. Un tel report permettrait également aux départements concernés par la restructuration d’être plus sereins à quelques semaines des élections des chambres d’agriculture.

Telles sont, monsieur le ministre, les nombreuses questions, légitimes, qui se posent sur le terrain. Elles ne remettent naturellement pas en cause le bien-fondé de cette loi d’orientation, à laquelle nous avons pu intégrer de nombreux amendements grâce à votre ouverture d’esprit. Je vous remercie à l’avance des réponses que vous pourrez m’apporter.

Je tiens également à vous remercier très sincèrement, ainsi que vos collaborateurs, de la réactivité dont vous avez fait preuve, ce qui n’est pas le cas de tous les ministères, en répondant avec clarté et rapidité aux nombreuses questions écrites que je vous ai posées depuis la publication de cette loi d’orientation.

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